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Je vous en prie, attablez- vous ici. Dehors, il pleut et il fait froid. Certes, vous pouvez rentrer à la maison, mettre les pantoufles, allumer la télévision, échanger deux ou trois mots avec vos êtres chers. Certes.
Mais si vous n’êtes pas pressés, si vous avez envie d’écouter, le temps d’une bouteille, le temps d’un cigare, un petit conte de campagne, une menue fable, je peux vous raconter l’histoire de Jules le mécano, quand il est presque devenu fou.
Cette histoire, je la tiens de son neveu que j’ai connu un soir dans un bistrot du côté de Vals-les-Bains. Je revenais d’une balade avec ma fidèle «malle plate», sur les routes merveilleusement sinueuses du Gard et de l’Ardèche. Il me restait une centaine de kilomètres pour rentrer à la maison. Mais je n’en avais aucune envie. Alors, j’avais stationné ma Traction devant le bistrot et étais allé m’asseoir dans un coin. Je me rappelle avoir pris un plat de charcuterie et une bouteille de Saint-Joseph. Lentement, je dégustais ces délicatesses, tout en observant les gens du coin, les « habitués », les autochtones à leurs tables.
La porte du bistrot s’ouvra et un gaillard joufflu entra, une grande moustache sous le nez. Tous le saluèrent, et il salua tout le monde. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir se diriger vers ma table et s’y asseoir.
« Dis-moi petit, elle est à toi la Traction là-dehors ? »
Je lui réponds que oui.
« Alors, je vais te raconter l’histoire de l’oncle Jules, le mécano. »
Quelques clients ont lentement rapproché leurs chaises, le bistrotier a amené deux carafes de rouge, et le gaillard a commencé à raconter…
« C’était en 1938, un soir d’été au village en haut sur la route qui va à Saint-Agrève. Un village où après vingt-trois heures, tout se tait. Il n’y a plus que le souvenir du bruit des cigales et de temps à autre, le cri sourd d’une chouette qui vous accompagne au pays des rêves.
L’oncle Jules dormait profondément dans la chambre au-dessus du garage, quand tout-à-coup, il était juste passé deux heures du matin, l’on frappa fort à la porte. Après le premier sursaut, Jules descendit ouvrir la porte, et trouva devant lui un homme d’une rare élégance. D’une manière noble, cet homme s’excusa de déranger le mécanicien du village au milieu de la nuit, mais sa voiture était tombée en panne à quelques kilomètres de là et il implorait son aide. En regardant les chaussures de l’étranger, l’oncle calcula qu’il devait s’agir de dix kilomètres au moins…
Jules invita l’homme à entrer à la maison pour se désaltérer, mais celui-ci refusa indiquant d’un ton mélancolique qu’il était désolé, mais qu’il avait hâte de savoir s’il fallait s’attendre au pire.
Alors, ils partirent dans la vieille Peugeot de l’humble mécanicien d’un encore plus humble hameau de l’Ardèche. Les deux ampoules sales éclairaient comme elles pouvaient la route et les tournants que Jules connaissait par cœur depuis sa tendre enfance. Dans la voiture régnait un silence mystérieux comme cet étranger venu de nulle part une nuit d’été.
Au détour d’un tournant, tout-à-coup, la voilà, arrêtée au bord de la route comme une princesse naufragée, tous feux éteints mais baignée d’un timide rayon de lune, lointaine cousine d’une déesse féline prête à bondir, dès qu’elle aurait léché ses blessures.
Jules savait quelle était cette voiture, dès qu’elle apparut dans le faisceau des phares de la vieille Peugeot. Il en avait rêvé des nuits et des aubes. Il arrêta la voiture et resta silencieux un long moment, le menton posé sur le volant, le moteur éteint. L’homme élégant le vit mal à l’aise et lui demanda s’il avait besoin de quelque chose. Alors, le vieux mécanicien se tourna lentement vers son voisin et lui dit simplement : ‘c’est elle’.
Il y avait dans l’air des parfums de thym et de lavande. Quelques grillons chantaient, quand les deux hommes s’approchèrent de la voiture. Son propriétaire ouvrit le capot d’une main sûre et légère et indiqua quelques pièces, puis se retira à l’intérieur du véhicule pour allumer un cigare et se perdre derrière la fumée bleue le regard lointain de ceux qui ne sont que de passage. »
Dans le bistrot, il régnait maintenant un silence religieux et je me sentais chaud à l’écoute de ce conte, n’oubliant jamais de verser un autre verre à mon interlocuteur.
Se passant une main sur la moustache, après avoir bu une gorgée généreuse de vin, l’homme continua.
« L’oncle Jules d’abord il a touché doucement le moteur, les yeux comme hypnotisés. Il n’avait aucune envie de se dépêcher, lui qui finalement voyait un rêve se réaliser. Il était conscient que c’était sûrement la première et dernière fois qu’il aurait connu une telle émotion. Voilà ce moteur dont on contait monts et merveilles, ce premier essai d’imiter les Américains, ici en France, dans le vieux monde, en mettant les cylindres en V. Le monde réel s’effaça complètement et laissa la place à la voix du vieux mécanicien qui passant d’un élément du moteur à l’autre, chantait l’éloge de cette mécanique.
Tu vois, ma belle, je t’ai attendue toutes ces années, et ne savais point de quoi tu aurais l’air. Mais tu es plus belle que je ne pouvais l’imaginer. Regarde tes ailes et ton capot infini. Je dois t’avouer qu’il y a des soirs où au pays tout est lourd et statique, jamais rien de nouveau, rien de spécial. On en vient à se dire que l’habitude est la loi de la vie, et qu’elle n’est qu’une longue école de mort. Mais, il valait la peine d’attendre. Depuis ce soir, ma vie n’est plus une perte de temps. D’ici à ma mort, je pourrai me rappeler…
Il se mit à caresser inconsciemment une des ailes avec ce phare incorporé, alors que l’autre main s’enfilait dans le moteur, cherchant de résoudre le problème qui avait fait naufragé cette automobile exceptionnelle ici à mille lieues de toute civilisation. Après quelques moments, il se redressa, un rayon de lune sur son visage doux et triste, le même regard que certaines vaches maigres de ces contrées. Il essuya son tournevis sur un chiffon blanc et regarda une dernière fois le cœur de la bête, puis referma imperceptiblement le capot. Il remit les outils dans la caisse, et la caisse dans la vieille Peugeot. Furtivement, il regarda par-dessus son épaule pour dire adieu, et ouvrit la portière de sa vieille voiture.
Le nuage bleu du cigare l’arrêta. L’homme élégant le pria de ne pas partir sans avoir été payé. Mais l’oncle Jules lui dit que c’est lui qui aurait dû payer…
Alors, la lune les arbres le maquis, qui sait peut-être quelques lapins une chouette des grillons, tous virent l’homme s’approcher du mécanicien les clefs à la mains et les lui donner, en disant doucement : nous ne savons pas si elle repart… »
Le gaillard moustachu commanda un autre litre de rouge, un sourire au coin des yeux.
« L’oncle Jules a marché alors d’un pas embarrassé vers la portière. Un peu maladroit, il s’assit au volant. Voilà la clef dans le tableau de bord, voilà l’homme élégant qui s’assied à ses côtés, voilà que redémarre le moteur, que s’enclenche la première marche, puis la deuxième, la route qui se dévoile à la lueur des phares jaunes.
Et voilà que plus rien n’est pareil. Jamais vu la garrigue comme ça à quatre heures du matin, la lune les papillons de nuit la musique des branches dans le doux vent qui se lève pour chasser les brumes estivales. Alors, les mains sur le volant et le silence de l’habitacle devinrent le trait d’union sublime entre hasard et nostalgie.
A un kilomètre du village, là où la route bifurque vers d’autres horizons, l’homme élégant demanda à l’oncle Jules d’arrêter la voiture et en lui serrant la main le remercia pour le monologue et une histoire d’amour qu’il serait difficile de conter à ceux qui ne comprendraient jamais.
Au bord de la route, l’oncle Jules salua d’une timide main la voiture qui maintenant se diluait dans la pénombre, sa roue de secours sur la malle, son double pare-choc ondulant, sa plaque sur l’aile gauche. Et alors que déjà elle avait disparu, il pouvait encore entendre son moteur feutré décorer musicalement l’aube sèche qui se levait sur ce pays pauvre et oublié…
Vous savez, les amis, que le lendemain l’oncle Jules alla au bistrot du village et essaya de raconter l’histoire à laquelle déjà sa femme n’avait pas cru. Au café personne ne dit rien. La femme de l’oncle Jules était déjà passée pour avertir tout le monde que son mari était devenu fou. La preuve, c’est que la Peugeot n’avait jamais bougé cette nuit-là, pour la simple raison qu’elle avait deux pneus crevés. Pas un, deux!
Alors on dit que l’oncle Jules, taciturne, précis, têtu, enfourcha une bicyclette et partit résolument vers la garrigue.
Et s’il n’est pas devenu fou, s’il brilla encore longtemps d’une étincelle au fond de ses yeux, cela est dû à un mégot de cigare encore chaud retrouvé en bordure de la route, à environ dix kilomètres du village, un jour d’été en 1938. »
Dernière modification par cbaker (26-03-2010 09:01:15)
Christoph - 71 ans - Saint Hilaire d'Ozilhan (Gard) et Rome (caput mundi) - 11 B 1951
Finalement, finalement, il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte (J.Brel)
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J'en ai rêvé, ANDRE l'a fait !!!!
Michel, Toulouse, "Est possédé - à nouveau- par une Rosengart LR539".
"Je ne suis pas un ancien de 82 ans... Je suis un jeune de 20 ans, avec 62 années d'expérience et j'ai abandonné l'idée d'être pris au sérieux. Les années n'apportent pas la sagesse, juste la vieillesse."
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C'est un véritable conte pour les fadas de la traction que nous sommes.
Seuls les "grands enfants" que nous sommes peuvent le comprendre et qui sait se prendre pour l'oncle Jules. La journée commence bien, merci Christophe!!!
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Jules au pays des merveilles .
Merci Christoph....
Laurent b ardennes
Rouler en traction est bon pour la santé..
Cela devrait être remboursé par la secu.. 
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Comme quoi les femmes ont souvent raison sans le savoir
:
" sa plaque sur l’aile gauche".
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merci christophe pour ce conte merveilleux.
si j'étais cinéaste,j'en ferai un court métrage.
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Bravo Christoph pour ce charmant conte qui fait envie!!..Salutractions..
Jean-Pierre de 55 , banlieue Toulouse
11 BL 53...RHD..;)
La Traction , ça avance , enfin presque!!
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Hello Christoph
Merci pour cette douce petite merveille.........
Michel ( Essonne ) Une 11UA 35 / une 2cv 58 / deux DS 21ie 70 / une LN 76 / une Visa decouvrable 83
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Bonsoir Christoph,
Belle histoire dont on aimerait bien faire partie.
Je la visualise d'autant plus que je connais bien la route...
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Ayo christoph.
Quel talent de conteur.Merci pour ce moment de réve.
GERARD.VAR. FAMILIALE 1955. 50 ans.
L'univers m'embarrasse et je ne puis songer Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger. Voltaire
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Bravo Christoph pour ce charmant conte qui fait envie!!..Salutractions..
Ayo Jean-Pierre!
L'année passée j'étais en cette période à Auckland, Nouvelle Zélande. Et là j'ai connu Phil et sa Traction 11BL 1949 RHD "made in Quai de Javel". Elle est arrivée en Australie déjà en 1949, commandée par un local qui ne voulait pas attendre les Tractions de Slough...
Voilà pour toi. 


Je ne me rappelle plus l'histoire de la tienne...
Christoph - 71 ans - Saint Hilaire d'Ozilhan (Gard) et Rome (caput mundi) - 11 B 1951
Finalement, finalement, il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte (J.Brel)
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Joli conte !
Pour notre ami CBaker, un album que j'ai découvert, et qui je suis sûr le mettra en joie:
http://www.deezer.com/fr/?incr=1#music/ … -kliphouse
volume à fond dans la Traction
Ma préférée, c'est la 5, je l'ai en 8 ou 9 versions
GRAZIE FRED!!!

(moi aussi, je suis fan inconditionnel de Django...)
Christoph - 71 ans - Saint Hilaire d'Ozilhan (Gard) et Rome (caput mundi) - 11 B 1951
Finalement, finalement, il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte (J.Brel)
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Joli conte !
Pour notre ami CBaker, un album que j'ai découvert, et qui je suis sûr le mettra en joie:
http://www.deezer.com/fr/?incr=1#music/ … -kliphouse
volume à fond dans la Traction
Ma préférée, c'est la 5, je l'ai en 8 ou 9 versions
Sympa cet album, je joue souvent en tournée le jazz manouche et en ce moment j'enregistre un album manouche .
super à écouter dans la traction

Amicalement André le Corse...
André d'Ajaccio 20000, 50
ans ( 11 bl de 1953 ) elle est terminée , mais roule très rarement 
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Bravo Chet Baker !
Tu nous a chanté une joli musique ! La 22CV ne fait pas rêver que moi, c'est clair et en plus elle nous fait découvrir des talents cachés !! Voici une petite rime complètement con que j'ai trouvé dans une brochure Citroën de 1934:
Je suis joyeux,
Quand je roule en vingt-deux !
Même quand il pleut
Je prend ma vingt-deux.
Je suis seulement heureux
Quand je conduis ma vingt-deux.
Mais je me fâche
Quand le moteur lache.
Ce qui a dû arriver souvent !
HS
Dernière modification par docteur traction (26-03-2010 23:06:20)
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Jolie histoire ... je vais faire de jolis reves ...
11 B de 51,11A1936 ,2CV4...
https://www.facebook.com/RackkamobilesLeBlog/
NOUVEAU SITE INTERNET EN COUR DE CONSTRUCTION
www.rackkatrac.com
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Sûr que je dois passer pour un sérieux attaqué dans la région
Ah ! ces mecs du neuf un !!!!
Ya pas un asile aux Ullis ????
Michel, Toulouse, "Est possédé - à nouveau- par une Rosengart LR539".
"Je ne suis pas un ancien de 82 ans... Je suis un jeune de 20 ans, avec 62 années d'expérience et j'ai abandonné l'idée d'être pris au sérieux. Les années n'apportent pas la sagesse, juste la vieillesse."
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Christoph... tu m'arracherais presque des larmes de nostalgie.
Merci pour ce superbe conte!
Othe (54260), 30 habitants, Nord de la Meurthe et Moselle... ou Fez (Maroc), 1.200.000 habitants. 11 BL (s'iou plait) de 1952
"Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter" (Cioran)
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Bonsoir Christoph ,
Elle est Super cette Traction , avec cette Direction à DROITE !!!!!!!!!
La 11 BL 53 que je rénove est l'oeuvre de GIACOMETTI que tu as vu en Décembre..sous la neige!!
Le travail avance piano,piano...et qui va piano....va loin!!!! Blague à part , je suis en train de remonter le moteur mais il me manque des bricoles . PAT , que nous avons vu il y a peu Mme et moi , pour quelques achats va se renseigner pour une direction à droite chez CTA . De mon coté , j'avais fait un courrier chez Gillard en Janvier pour me renseigner ;; j'attends encore la réponse !!!!
Mais sinon à part la direction , la suite ne devrait pas poser problèmes .... So long , Christoph et encore Merci à Mr Jules !;)
Jean-Pierre de 55 , banlieue Toulouse
11 BL 53...RHD..;)
La Traction , ça avance , enfin presque!!
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